Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'écume des rêves

Publicité
24 octobre 2021

Épopée de l'angoisse.

[Juin]

Vorace et vide.

Aujourd’hui je suis ainsi.

Si vide.

Et donc très vorace.

 

Rien ne m’intéresse.

Mais un rien me terrasse. 

 

Je cherche à me combler :

Les saveurs s’éphémèrent.

Même si je mange sucré,

Seul dans ma bouche, l’amer.

 

Vorace, je veux tout.

Vide, je ne veux rien.

Vorace, j’aimerais vouloir.

Vide, je n’aime rien et je n’aimerais rien et je n’aimerai rien.

 

Vorace, je      veux.

Vide,         ne           rien.

 

Vorace, je vis. 

                        Vide.

 

Vorace.

Vaurien.

 

Vide.

        Car avant plein.

 

Vorace de l’être de nouveau.

Vide d’ignorer comment le redevenir.

Vorace de penser pouvoir.

Vide de des espoirs.

 

[Juin]

La nuit, chez nous, le ciel est rouge. Les étoiles sont bleues et les chats sont gris.

Je ne veux pas dormir.

Comme une enfant, je veille.

Mes parents passent, je fais semblant.

 

Un parent passe.

Plus qu’un. Et deux maisons.

Je fais semblant. 

Je veille.

 

J’ai peur.

Je repousse le sommeil.

 

Cette demi-mort.

 

Je suis déjà à demi-morte.

Le serai-je tout à fait si je m’endors ?

 

Peut-être.

Pour être ? avant de vivre, il faut dormir.

 

J’ai décidé pour moi-même :

« Je serai. »

 

Là où je suis, le ciel est rouge.

Je supplie du silence. 

Je me consume de violences

Et d’idéal. Je décrépis.

 

Je décrépis déjà, tout au fond de mon lit.

Je sens la mort, pas à pas, m'enlever dans mes draps.

 

Je n’ai rien construit.

Je n’accomplirai rien.

 

Et même si je deviens,

Toute chose est futile.

 

Je vis

En vain.

 

 

Et pourtant, le sommeil m’effraie.

J’ai peur que Morphée m’asphyxie. Je n’ai plus envie.

Un autre jour. Ça fait trop peur.

 

Je ne suis pas gentille.

Je suis juste angoissée.

 

 

Je suis déjà à demi-morte.

Le serai-je tout à fait, car je m’endors.

 

Morphée, je meure dans tes bras.

 

 

Un papillon veille.

Peut-être.

 

[Août]

Je sens la peur. Elle me grignote de l’intérieur. Doucement, sûrement ... Elle arrache la chaire, et mon estomac se contracte, et elle le dévore. Elle fait son nid. 

Puis elle s’agrippe et monte. Elle griffe les parois et saccage ma gorge. Elle mordille mon cerveau, fait couler quelques larmes, et redescend. Là elle somnole.

Et quand je mange, elle mange ce que j’avale. Et quand je dors, elle m’aspire des cauchemars. Elle fête mes insomnies, m’inspire des gourmandises (elle dit que manger la soulagera). Et je mange, j’avale, je me gave. Elle festoie.

Mais son appétit ne finit pas.

C’est un parasite.

Elle mourra avec moi.

Elle ne me quittera pas.

 

C’est un feu ardent que mes poumons aèrent. Ce feu grandit quand je vie. Il me dit : « Es-tu seulement digne de cette tâche ? Ne te prends-tu pas pour ce que tu n’es pas ? N’écris plus, n’écris pas. Tout est d’avance perdu, si c’est avec toi. » Je l’écoute. J’arrête... J’attends. J’attends un quelconque secours. 

J’hyperventile, et le feu crépite de plus belle : « Et tu ne fais pas ce que tu dois faire. Et ça te déçoit. N’attends plus rien, abandonne tout. Ou rappelle-toi que tu attends toujours, lâche et faible. »

Je pleure, et s’assèche mon intérieur. Le nid prend feu, l’incendie brûle et chante au cœur : « Bon à rien ! Vide ! Vaurien ! Tu ne vis de rien, tu ne vaux rien. »

 

Mon cœur est cendres, l’incendie est passé. 

 

Apathique, je ne fais plus rien.

Un jour l’envie grandie, je veux enfin.

 

Je respire à nouveau.

J’ai un peu faim.

 

Je tourne le dos au Styx,

Je veux tout entreprendre.

 

Mais la peur est phénix.

Elle renaît de ses cendres.

 

[Août]

Elle est si bien.

Elle se sent si bien en vacances.

 

Elle ne veut pas de la rentrée.

« Le futur ne peut-il pas attendre ? »

Elle ne veut pas retravailler.

« Mon futur ne peut-il pas attendre ? »

 

Elle nie la gestation des jours.

Elle nie les maux de ventres.

Elle maudit tous les jours.

Mais, au final, elle rentre.

 

Elle visualise bien :

L’exaltation des rencontres,

Les premières semaines d’adaptation,

Puis le stress qui monte,

Elle ploiera sous la tension.

 

Elle n’est pas pessimiste,

Elle observe juste les années précédentes,

Elle observe l’augmentation de la cadence,

Le niveau - toujours plus haut - de ses attentes.

 

Elle travaillait pendant des heures.

Elle pensait et ressasait.

Elle pleure.

 

[Septembre]

Rentrée scolaire,

Le fourmillement des élèves 

Me terrifie.

 

Rentrée scolaire,

Des milliers de mains sur les livres,

Le savoir chante.

 

Rentrée scolaire,

Reviennent me hanter

Les spectres du passé.

 

Rentrée scolaire,

La musique des stylos

Le savoir change.

 

Rentrée scolaire,

L’espoir du changement

Est enivrant.

 

Rentrée scolaire,

L’exaltation dans l’air

M’asphyxie.

 

Rentrée scolaire,

Des sourires, des baisers

Sur les bouches.

 

Rentrée scolaire,

Leurs voix ont polluées

La musique.

 

Rentrée scolaire,

Ce ballet des bouffons

J'y joue.

 

Rentrée scolaire

Dans le bus j’étouffe 

Et je meurs.

 

Rentrée scolaire

Mes affaires s’éparpillent

Je pleure.

 

Rentrée scolaire,

Le changement est lent,

J’ai peur.

 

Rentrée scolaire,

Fais-je les mêmes erreurs ?

« Toujours au mieux »

 

Rentrée scolaire,

Mon corps est l’esclave

De fantômes.

 

Rentrée scolaire,

Cette cacophonie de toutes parts

M’accable.

 

[Septembre]

Je m’ennuie.

         Je ne veux pas faire.

Je veux dormir.

                          Mourir.

Mourir momentanément.

                                           Dormir.

Je n’aime pas. Je sens une bouche tirée vers le bas. La gravité m’arrache ce que je n’ai pas : 

                                                                 un sourire.

 

Mourir.

            Dormir.

                         Veiller.           et Rêver.

 

Je rêve.

Le malaise ferme mes paupières. Je veux les ouvrir ! Je suis aveugle.

Ils bougent, paniquent, s’agitent.

Mouvements rapides.

 

Je rêve.

Je vois des silhouettes blanches sur un fond de chair. 

Je rêve.

Les ombres sont inversées en ce monde sans lumière.

 

Je rêve.

 

De la peau caresse la mienne,

Une étincelle se pose sur mes yeux.

 

Des mains enserrent mon cou,

Je suis ravagée par le feu.

 

Et l’on m’agrippe de toute part.

On déchiquette mon présent.

Les fantômes d’antan 

Se rient de mon cauchemar.

 

Impossible d’ouvrir les yeux,

Les larmes coulent à l’intérieur.

Et l’on me dit adieux.

Et c’est déjà mon heure.

Publicité
18 juillet 2021

Il pleut.

Il pleut.     Il fait noir.

J'écoute la pluie             J'écoute

                            tombe.               la pluie tombe.

Goutte à goutte.

J'écoute.

 

Il pleut. C'est le soir.

J'attends. Il fait noir.

                J'atteinds quelques lumières, elles caressent le sol.

Une torsion.

                J'égoutte, j'ai goûté la lumière et elle brûle ma gorge.

Et le liquide lunaire est extrait des rayons.

Je m'allonge, l'immersion est une tentative et c'est ma tentation.

Je plonge, je nage et mes pensées...

                                                             L'écho de mes pensées...

 

La pluie s'est invitée chez moi. 

Je plisse mes fenêtres.

Je devine à travers

- J'écoute -

Je devine la texture :                                                                      « salé »

 

Mes fenêtres larmoient. Il pleut depuis des heures.

                                                          Il pleure.

 

Sirène de la pénombre, je cherche une lueur.

                                      Je croule, je rampe pour un espoir tangible, et son goût, et...

                                                                                                                   Et son goût est solide.

 

Sirène de la pénombre, j'écoute la pluie tombe.

 

Il pleut des éclats, des motions.

C'est le soir.

Mes yeux ruissellent sans émotions.

Tout est noir.

                       Ô, j'ai bu toute la lumière !

 

Je plonge, j'écoute quelques pensées.

                                                                 Leur écho...

J'atteinds des mots.

 

Il pleut noir, et j'ai peur.

Et je nage, et j'ai peur.

 

J'échoue.

Ô texte, ta naufragée se meure.

 

Je lève ses yeux, les volets sont fermés.

Pourtant s'envolent mes pensées ! Que luminent les éclairs ! Que tonne le tonnerre !

Se lèvent pensées, je chante et m'abandonne.

                                                                          Et tout au fond du ciel, la voix résonne,

                                                                                                                                        raisonne,

                                                                                                                                                s'échoue.

 

Il pleut et je m'étonne

                                       m'asphyxier sur le sol ?

 

Les mots tonnent sous la pluie. Je nage ; ils s'illuminent.

J'échoue, je larmoie ; ils s'illuminent. 

J'asphyxie, je pleure ; tous ensemble ils luminent.

Je me noie ; ils écrivent, ils échoent.    

                                          J'échoue ces mots :

                                                                        « Il pleut. »

                 

 

19 mai 2021

Des insectes et des anges

 

Je mangerai les fleurs par la racine

Un jour. toi moi nous

Mangerons les fleurs par la racine

 

Nous goûterons le printemps

Dans l’impossibilité de le voir

Nous goûterons la vie

Dans un des plus ténébreux noir

 

Déjà la chair flétrit

Et ta tête tombe

Mon cœur se putréfie

Déjà chacun succombe

 

Notre errance n’aura de fin

Nous errons constamment

Sauras-tu d’où tu viens ?

Une errance... sans fin.

 

Ton corps uni à la terre

Les pilleurs ne trouveront rien

Nous serons parcourus de vers

Mes pleurs seront les tiens

 

Ici. Ici, nos pensées fleurissent

Effleurent de nombreuses stèles,

Mes écrits s’évanouissent

Ici... le soir est éternel...

 

Ils déposeront tes mots.

                                          Des regrets en silence.

Tu apaiseras leurs maux

                                          Regrets de ton absence.

 

Et tu décrépiras

Et nous décrépirons

Et tu exhaleras

Et ils inspireront

 

Aujourd’hui tu inspires.

Tu pars les visiter

Ou peut-être, sans prévenir,

Es-tu parti et des années

 

Aujourd’hui, moi, je dors

Libre de tout, je suis enfant

Je dis silence, et je m’endors...

Je fais      semblant.

 

Peut-être le feront-ils aussi,

À ton enterrement.

Si tu es parti, ou n’as rien dit,

Ils feront tous semblant.

 

Ils ne pourront plus t’apprendre

Tu ne seras plus là

Ils ne pourront pas t’entendre

Et tu leur parleras

 

Mais si tu veux souvenirs

Dans les moments de désespoir

Parfois, tu veux peut-être rire

Dans un des plus ténébreux noirs

 

Parles maintenant.

Écris, danse, chante !

                                     Mord !

Fais du bruit, casse des tympans :

 

Le silence est cadeau des morts.

 

 

Nous l’offrirons

Tu n’auras plus de coeur

Nous l’offrirons

Tu ne pourras l’y mettre

 

Nous l’offrirons

Et tu pleureras

Nous dormirons

Et je ne voudrai pas

 

 

Hui, nous voyons tous les jours

Des gens qui ne parlent pas

                                                       Ils jouent de la musique

                                                       Ils ont peur de leur voix

 

Nous devinons leurs tours

Nous y croyons par choix.

                                                     Chacun ment et s’applique

                                                     Dans le miroir, c’est nous, c’est toi, c’est moi. 

 

 

Je demande silence et confort,

Je ne les souhaite pas.

 

 
Et aujourd’hui, je ramasse des ailes

Des insectes et des anges

Tombent constamment du ciel

 

Je me demande qui les mange

 

Je sais.

 

17 avril 2021

Némésis

    Jouez-vous au poker ? Sachez qu’avant de dévoiler les cartes, on jette la première. Si le monde était un casino, si la vie se résumait à une partie de poker, je serais cette carte. Vouée à disparaitre au profit des suivantes. Je ne me morfonds pas souvent mais, au fond de ma cellule, quelques heures avant le moment fatal, je ne peux m’empêcher de repenser à leurs actes. Les plaintes, les larmes, les cris reviennent, tout comme les insultes, les coups, le bruit des chaînes. Je me rappelle comment, sans scrupules, ils m’ont vendue pour quelques pièces. Pour assurer la sauvegarde de cet élevage, cette fratrie. Je leur en veux, mais je dois passer au dessus - pour moi - et me concentrer sur le futur. Mon « maître » doit me laisser un choix propre à tout esclave : essayer de gagner les clés de la liberté par la porte de l’arène. Je vais tenter le combat. Si je dois vivre à demi-morte, autant risquer mourir. Et j’ai attendu quinze ans avant de céder à la tentation. Entre deux séances de jeux d’argents, dont les paris ravissent mon propriétaire, je me suis entrainée à l’aide de certains gardes « amicaux » : un peu d’argent volé contre des cours secrets. Et au bout de quinze ans, j'ai cédé.

    Un garde arrive et me sort de ma geôle, tout comme de mes pensées. Il me ramène à la réalité par un sourire narquois : personne ne sort vivant de l’épreuve, et je ne suis qu'une esclave parmi des milliers d'autres. Les prisonniers braillent et secouent les barreaux et tendent leurs mains avides et, pourtant, je n’entends que nos pas. Plus que quelques minutes. Des minutes qui filent si vite que les couloirs s’enchaînent, en dépit de ma volonté. Les doutes s’emparent de ma raison en  quelques secondes. Ces quelques secondes pour que mes pieds frôlent le sable de l’arène. Je fais volte-face. Devrais-je fuir ? Mon escorte agacé me pousse, je m'agrippe à son bras, à son regard. Il me rejette et je tombe dans l'arène ; j’aperçois enfin ses yeux : « indifférence ». 

    Je me relève aussitôt, et me retrouve face au public. L’anarchie qui y règne calme ma conscience : il est trop tard pour regretter. D’une oeillade, je repère et me dirige vers un énorme sac d’où dépassent toutes sortes d’armes. Je n’en ai droit qu’à une et il faut que ce soit la meilleure. Je me suis préparée à l’épée, à la lance, au gourdin, à l’arc et à la hache, mais, finalement, une seul objet attire mon attention : une dague. Diaphane, elle capte inlassablement mon regard. Je la prends dans ma main :  légère, maniable, mortellement aiguisée. Est-ce du diamant ? Que fait cette arme ici ? Sa rare solidité la réserve aux plus grandes chasses. Je lève mon poing en signe de choix pendant que le sac est retiré, et j'adresse un menton défiant aux gradins, et ceux-ci me répondent avec hargne.

    Alors, ils font entrer mon adversaire. Mon sang se glace, l’arène se tait un temps. Comment ? Comment ont-ils réussi à en capturer une ? Elle grogne sous les chaînes, rugit face au soleil. Ses ailes du Diable s’étirent, elle s’ébroue ; sa queue fouette le sable brûlant ; ses griffes lacèrent le sol. Dès qu'elle bouge, ses poils hirsutes laissent apparaître quelques cicatrices ainsi que de profondes blessures. Ses cornes en spirale plongent vers l’arrière tandis que ses oreilles tombantes... se redressent vers moi. J’ai du mal à déglutir face à ses dents impitoyables, face à cet ange déchu, face à elle : une chimère.

    Nos regards se croisent et nous savons. Nous nous comprenons. Une de nous mourra. Lorsque le moment sera venu, nous n’hésiterons pas : une de nous commettra l’irréparable. Alors l’élue sera proclamée. Et la perdante oubliée. Qui de nous deux ? Qui sera le cadavre baignant dans le sang ?

    Le temps s’arrête. 

    L'hystérie des spectateurs devient sourde, le bruit de nos respirations s’entremêle, nos coeurs s’emballent. 

    Plus rien d’autre n’existe. 

    Les paris sont lancés, le gong sonne.  

    Des milliers de pensées à l’égard de mon pauvre corps sont lancées, et de ce chaos ressortent trois ordres précis : « Bouge, agis, attaque ! ». Mais mon ennemie du jour m’a devancée, elle s’élance sur moi. J’ai tout juste le temps de me jeter au sol, avant qu'elle ne passe au-dessus de moi. J'en profite pour lui entailler profondément la panse, et je l’entends fulminer de douleur. Elle se cabre, je roule sur le côté ; j'esquive de justesse ses griffes. Je me lève, cours ; immédiatement, elle se lance à ma poursuite. « Ne pas regarder en arrière. » Je sens presque son râle contre ma nuque, je sais ses pattes à quelques centimètres de mon dos. Je cours, mais pourquoi ? Je fonce vers un mur, une impasse ; une idée me vient. J’accélère et ils doivent me penser folle car la façade n’est plus qu’à quelques mètres. Je m’appuie dessus et saute. Mon arme se plante dans la paroi, résiste à mon poids, et d’un coup sec je me hisse encore. Je pars alors rejoindre ma némésis, dague en avant ; je suis tout entière la dague, je fends le vent. J’atterris sur son dos, attrape ses cornes : c’est le moment ! Je lève ma dague, sa vie est à portée, mais j’hésite. Ce doute est de trop ; elle se rebiffe et je suis plaquée au sol, une patte sur la nuque. J’essaye de me protéger en vain car ses griffes serrent et mon cou et mes mains. 

    Mais nos regards se croisent une fois de plus, et l’impensable arrive. Nous nous comprenons. Nous sommes les mêmes. Aucune ne mérite la mort. Elle aussi, elle a subi les insultes, les coups, les chaînes ; les gémissements, les larmes, les cris. Mes yeux restent plongés dans les siens, et je m’y perds. Je réalise après un combat presque mortel que ni l’une, ni l’autre, n’est prête à commettre l’irréparable. Son étreinte se desserre et je respire. Je tousse et elle s’écarte pour mettre son museau près de moi. Le monstre de sang et de vengeance que je voyais tout à l’heure n’était que mon reflet. Elle aussi, elle avait peur. 

    Je me relève douloureusement et reviens à la réalité. La foule s’insurge, nous hue et balance sur nous tout ce qu'elle a ; cela ne se fait pas : un refus de combat. « Vaut-il mieux vivre à demi-mort, ou en meurtrier ? » Des soldats se rassemblent pour nous embarquer, nous enfermer dans une cellule sombre et crasseuse, nous abattre. Non, nous ne voulons pas de cet avenir là. 

    Et d'un regard, nous savons encore. Je me précipite sur son dos, lève ma dague... et brise le sceau qui emprisonne ses ailes. Je m'accroche à ses cornes, elle bat avec désespoir ses membres et... nous volons. 

    Chacun se tait et s'immobilise, ébahis et terrifié. Elle est à la fois dangereuse et magnifique ; elle survole les gradins tel un ange mortel, en Némésis. Chacun voit en elle la déesse vengeresse de l'équilibre, chacun se rappelle ses péchés et craint ses représailles. Pourtant, elle ne les voit pas : ils sont tellement petits face à la promesse de l'horizon. Elle prend appuie sur les gradins, détend un peu plus ses ailes, et s'élève dans le ciel. Je me cramponne à sa fourrure et lève la tête. Le froid du vent embrasse mon visage et je souris. Nous sommes libres.

    Nous survolons les terres sous les rayons du crépuscule. Elle faiblit doucement, comme la lumière sur les champs. Elle choisit une clairière loin de tout village, et elle se pose maladroitement. Sa grâce divine s'évanouie tandis que la fatigue l'assaille ; elle se roule en boule. Je me recroqueville au creux de son ventre, elle me couvre doucement de son aile, et nous ne sommes plus qu’une seule et même vie. Nos respirations se confondent, nos battements cardiaques s’embrassent, nos âmes s'entremêlent. La nuit est porteuse de conseils et, sous les étoiles et le sommeil, je murmure : « Mon âme, nous ne mourrons pas ; nous avancerons toujours ; nous trouverons notre place, inexorablement. »

 

29 mars 2021

Des jonquilles aux senteurs timides

21 mars

    J'ai cueilli des jonquilles aux senteurs timides, aujourd'hui. Je me suis baladée avec ma famille. Ma mère restait sur le sentier ; moi, je cherchais des jonquilles. Et je les ai trouvées, abritées par des ronces. Je les ai cueillies et je les ai ramenées. Mais personne n'a perçu leurs subtiles odeurs.

    Maintenant, je les observe. Le bouquet dans ma chambre, posé sur mon bureau, effleuré de lumière... J'observe ces coquettes vêtues de longues robes d'or, de six voiles transparants. Les bords de leurs jupes sont volants. Fleurs frivoles, coeur changeant. Chaque parcelle se meure en un parfum d'oubli, et je le nie.

    Mon coeur se flétrit, il n'y a plus d'eau dans le verre.

    Mon bouquet est maudit, mes fleurs sont délétères.

 

23 mars

    Mes poumons se noient dans l'eau que je n'ai pas, et mon esprit fait de l'apnée. J'asphyxie mes pensées.

   Mes racines quémandent une terre... pourtant amère. Son amour antique n'a pas tarit, seul mon regard puéril devient aride. Je suis déçue, je ne bois plus.

 

    Je pleure en prose tandis que, sous mes yeux, mon coeur enfant se décompose.

Publicité
16 mars 2021

Mon imminente

Ce fut un baiser froid

Aussi froid que l'hiver

Ce n’était pas un choix

C'était un vol à découvert

 

Tu étais en émoi

Tu n'étais pas à moi

Venue d'une imprévue

Mon flocon, mon désarroi

 

Ô Cassandre

Tu t'es faite si vorace

Le baiser sans attendre

Rougit ma carapace

Rongea ma chair, mon audace.

 

Je brûle encore et rien n'efface

Ton corps, mon coeur en cendres

 

Tu avais de l'avance 

Je ne t'attendais pas

Baiser d'une Inconsciente 

Qui était là pour moi

 

Ma fleur mon Impasse -tiente

Tu es un printemps d'ingénues

À l'horizon, c'est l'inconnu

 

Et j'ai fermé les yeux

Et je t'ai tout donné

Le chaperon des cieux

N'a pu nous séparer

 

J'étais heureux

(Le seront-ils aussi ?)

 

Ainsi je m'oubliais     en ton fort

Ainsi je t'embrassais     sans un remord

 

Ma mie

Mon éminente

Vieille épouse et amante

 

Amie

Mon imminente

Mon épine ma précoce ma charmante

 

                                                                 Mort

4 février 2021

Terres Inconnues

Tu entres en terres inconnues,

Te dis docile explorateur.

Toi, petit être incongru

À la recherche de mon coeur.

 

Je t'ai indiqué le chemin :

Tu sautes les étapes.

L'ordre, en amour... n'y en a-t-il pas un ?

Tu ne le repectes pas.

 

Pourtant tu ne pourras jamais me conquérir d'un "Je t'aime" sans me connaître.

Tu n'as pas exploré les forêts de Conscience, les fleuves de valeurs.

Tu ne connais qu'un paysage lointain, une façade, un paraître.

Tu n'as pas observé les failles sentimentales, les abysses de Coeur.

 

Et pourtant.

 

Sur la joie des feuilles s'est arrêté ton regard ;

Tu embrasses mon être.

La faiblesse des racines t'est dérisoire :

Tu n'étreins que de l'air.

 

Pourtant tu as marqué ce "Je t'aime"

Et tu sembles penser que repasser sur ce sillon,

Ce long serpent vermillon dont les lettres sont poison,

Me fera t'aimer ?!

 

Tu te fourvoies.

Tu me brusques, m'imposes ton idée.

Et je me sens piégée.

 

Tu ne te dis pas roi,

Tu agis comme tel.

Mes efforts te sont naturels.

 

Alors sache, Ô inconscient du péril de mes terres, que la cascade gronde, que goutte à goutte l'eau monte. Le tonnerre éclatera si tu ne changes pas.

Il ravagera ces terres, et toi, et mon mal-être.

 

Tu seras chassé de là ;

Ma conscience se résiliera.

 

Mère Nature me soutient :

Je n'ai pas peur de toi,

Humain.

 

1 juillet 2020

L'odeur de la frustration.

    Une odeur âcre dans ma chambre règne. Une odeur pestilentielle qui tout en moi s’imprègne. 

    L’odeur de la frustration s’entête, scrupuleuse gardienne de ma geôle. Cette odeur aux relents de cigarettes, et aux arrières goûts d’alcool. Cette odeur qui bouche tous mes pores ; une odeur aux relents de mort. Elle laisse sur ma peau de futures stigmates, et promet à mes maux des cancers adéquates. Elle ronge tout mon être, explore mes poumons ; se joue de mon mal-être, me noie sous le goudron. Elle écoute mes peurs, pour mieux les attiser ; anime la douleur, paralyse mes pensées. La brume qui envahie ma tête est semblable à sa fumée opaque ; hypocritement douillette, elle me fait toxicomaniaque. 

    Dans ces méandres noires et vaporeuses, je cherche une sortie. Une pensée douce et chaleureuse, pour éclairer ma maladie. Et je ne veux pas de briquet, ce n’est pas ce feu qu’il me faut. Pas de tabac, pas de cachets ; mais une étreinte pour étouffer le fléau.

29 juin 2020

J'ai peur d'avoir raté mon train. Le train.

J’ai peur d’avoir raté mon train. Le train. Et je ne sais s’il y en aura un prochain.

Alors j’écoute le silence, seule avec mon impatience, dans cette gare immense. J’attends et je ressasse, mais les minutes ne passent pas. Je me rappelle : quand ils sont tous montés, je les ai regardés, enchaînée à mon banc, et s’éloigner, lentement.

L’horloge murmure : « Tic… Tac… Que fais-tu ici ? As-tu le trac ? » Ma tête dodeline ; rien au bout de la ligne. Je fixe l’aiguille, celle-ci me nargue. On me susurre : « Tic, Tac… Toujours là ? »

Je me lève, m’apprête à errer quelques heures... Et je me perds à chaque tournant.

Je me perds dans mon tourment.

Dans cette gare infinie, je veille.

                                                        Tout au fond de mon lit, j’ai raté le sommeil.

25 mai 2020

Je suis sur mon nuage...

Je suis sur mon nuage,

À la recherche de ton horizon.

Je redoute le naufrage,

Le crépuscule de notre passion.

 

L’orage ne m’effraie pas,

Et l’éclair peut bien gronder,

Tant que tu es avec moi,

Rien ne peut m’arriver.

 

Mon amour, un cumulonimbus,

Ne cesse de grandir.

Il effleure Vénus,

Est embrassé par Zéphyr.

 

Je n’ai pas les pieds sur Terre,

Car je gravis Babel.

Je quitte l’atmosphère,

Pour une Lune éternelle.

 

Mon cœur, désert de vent,

Est à présent gorgé d’étoiles.

Un univers de sentiments,

Que la tendresse dévoile.

 

Une promesse à la pluie :

Que mes larmes ne la remplacent.

Alors si tu m’oublies,

Je me briserai de glace.

 

Donc, aime-moi maintenant,

Car je suis éthérée,

Et sous mes rougissements,

Je t’envoie des baisers.

 

 

IMG_3427

(Cette belle photo n’est pas de mon fait...)

19 avril 2020

C'est un combat de chaque seconde.

C'est un combat de chaque seconde. C'est le "moi" du présent qui se bat en permanence contre celui du passé et celui du futur. Il tente de réparer les dégats de l'un tout en prévenant les imminentes détresses de l'autre. C'est un combat de chaque seconde. Car je suis le futur de mon passé et le passé de mon futur. Je ne suis que présent, et pourtant. Je ne vis qu'en projetant, en ressassant : des souvenirs, des prévisions. Rien de concret, simples illusions. Et je regrette l'irréparable, et je devine l'imprévisible. J'emmêle le fil neuf de mon destin pour éviter de possibles neufs, je froisse et relie les pages d'un chapitre que je ne peux réécrire. J'effille, je déchire. Je coupe, je brûle. L'anxiété bâillonne le désir hurlant : sa voix résonne au plus profond de moi. Un désir de voyage, de liberté, d'amour et de risque. Un désir de vie. Un désir que ce combat étouffe. Un désir du présent qui se bat contre lui-même. Car l'angoisse qui le noie est celle de le voir disparaître.

C'est un combat de chaque seconde que je mène et je ne sais si, chaque seconde, je gagne ou je perds.

6 avril 2020

La pluie.

     Je suis seule. La pluie tombe. Entourée et pourtant infiniment seule. La pluie tombe sur ma fenêtre. Seule. Plic, ploc.

     Des frissons me parcourent, du bas de ma colonne jusqu'au sommet de ma nuque. Est-ce un effet de l'ennui ou de la pluie ?

     De ma fenêtre, j'aperçois des branches stériles se tendre vers le monotone d'un ciel gris. Des racines brûlées implorant des nuages dolents.

     Plic. Je goutte le vide qui m'entoure. Je sens une larme rouler sur ma joue, elle s'écrase sur une langue avide. Un goût de sel envahit mes papilles. Est-elle mienne ou est-ce un rejeton du ciel ?

     Ploc. La pluie transperce mes vêtements, le froid s'infiltre sous ma peau. Le sol spongieux m'enlise, la boue piège mes genoux. Je renverse ma tête en arrière, droite. Les cieux se brisent sur mon visage.

     Plic, ploc : je perçois le bruit de ma mélancolie.

30 mars 2020

Les sentiments du vent.

Souvent le vent souffle chez moi. Il me chante ses sentiments ; il me charme. Il me caresse et m'embrasse ; me séduit, me pourchasse. Il me susurre sa persistance, me confesse son désir. Mais je repousse son impatience, trop vive, trop intense. Alors, devenu glace, il se vexe, s'insurge de mon refus. Il enfle et se boursoufle, s'engouffre dans mes cheveux. Je suis une feuille dans sa folie qu'il chiffonne à sa guise. Je deviens girouette qu'il désaxe et déstabilise. Il siffle et me harasse, me gifle et puis me casse. Il se hérisse, feule, croasse : conspire mon agression. Il se déchaîne et déchire le son, hurle sa frustration. Il souhaite me désosser, pense à m'asphyxier : il aspire à venger ses émotions froissées. Mais si je cille, chancelle ou chois, il cesse soudain et puis s'efface. Lâche, il se dissimule, me houspille et m'accuse. Honteux, il se cache, se faufile et s'excuse. Sous mon silence, il ressasse et geint ; son désespoir chuinte de ses blessures. Il revient et oscille, avant d'oser, doucement, me chuchoter sa convoitise. Je frisonne à son secret, me ravise,  hésite face à sa franchise. Finalement, je concède : j'accepte et exauce son voeux. D'abord il flanche, soupçonne une illusion, suppose une hallucination. Mais je le persuade : je suis sûre de mon choix. Alors il fuse dans les airs ; il danse et virevolte ; et tout s'envole en farandole. Bouleversé, il redescend pou m'enlacer fébrilement. Je sens sa chaleur s'infiltrer dans mon coeur : il me chante ses sentiments. Oh que j'aime les hululements du vent.

29 mars 2020

Espoir

Elle ouvre la porte,
Admire le ciel.
Elle use ses ailes,
Oublie la cohorte.

Elle se laisse choir,
Ainsi fermant les yeux…
Soupir illusoire,
Entre terres et cieux.

Elle émet un regret,
Dans l’éternel azur.
Elle ressasse, sait
L’atterrissage dur.

26 mars 2020

« La rivière que j'ai sous la langue » (Premier vers de « La rivière » de Paul Éluard)

La rivière que j'ai sous la langue,

Elle énerve les autres.

Ils me disent de la tarir,

De la stopper.

Mais je ne peux pas :

La vie y abonde,

Les poissons nagent à contre-sens.

Mais la rivière coule à l'envers,

Et je me perds,

Et ils me disent de soustraire,

Ce qui sort de moi,

Mais je ne peux pas,

Cette rivière,

Qu'ils implorent de taire,

Elle chuchote, gronde, crie,

La vérité que personne ne dit.

Publicité
L'écume des rêves
  • Nos mots dansent. Leurs pas dessinent un océan de pensées, leurs chorégraphies sont l'aboutissement de vagues de réflexion et de sentiments. Nos mots dansent. Les miens sont l'écume de mes rêves.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Publicité
Archives
Publicité