Épopée de l'angoisse.
[Juin]
Vorace et vide.
Aujourd’hui je suis ainsi.
Si vide.
Et donc très vorace.
Rien ne m’intéresse.
Mais un rien me terrasse.
Je cherche à me combler :
Les saveurs s’éphémèrent.
Même si je mange sucré,
Seul dans ma bouche, l’amer.
Vorace, je veux tout.
Vide, je ne veux rien.
Vorace, j’aimerais vouloir.
Vide, je n’aime rien et je n’aimerais rien et je n’aimerai rien.
Vorace, je veux.
Vide, ne rien.
Vorace, je vis.
Vide.
Vorace.
Vaurien.
Vide.
Car avant plein.
Vorace de l’être de nouveau.
Vide d’ignorer comment le redevenir.
Vorace de penser pouvoir.
Vide de des espoirs.
[Juin]
La nuit, chez nous, le ciel est rouge. Les étoiles sont bleues et les chats sont gris.
Je ne veux pas dormir.
Comme une enfant, je veille.
Mes parents passent, je fais semblant.
Un parent passe.
Plus qu’un. Et deux maisons.
Je fais semblant.
Je veille.
J’ai peur.
Je repousse le sommeil.
Cette demi-mort.
Je suis déjà à demi-morte.
Le serai-je tout à fait si je m’endors ?
Peut-être.
Pour être ? avant de vivre, il faut dormir.
J’ai décidé pour moi-même :
« Je serai. »
Là où je suis, le ciel est rouge.
Je supplie du silence.
Je me consume de violences
Et d’idéal. Je décrépis.
Je décrépis déjà, tout au fond de mon lit.
Je sens la mort, pas à pas, m'enlever dans mes draps.
Je n’ai rien construit.
Je n’accomplirai rien.
Et même si je deviens,
Toute chose est futile.
Je vis
En vain.
Et pourtant, le sommeil m’effraie.
J’ai peur que Morphée m’asphyxie. Je n’ai plus envie.
Un autre jour. Ça fait trop peur.
Je ne suis pas gentille.
Je suis juste angoissée.
Je suis déjà à demi-morte.
Le serai-je tout à fait, car je m’endors.
Morphée, je meure dans tes bras.
Un papillon veille.
Peut-être.
[Août]
Je sens la peur. Elle me grignote de l’intérieur. Doucement, sûrement ... Elle arrache la chaire, et mon estomac se contracte, et elle le dévore. Elle fait son nid.
Puis elle s’agrippe et monte. Elle griffe les parois et saccage ma gorge. Elle mordille mon cerveau, fait couler quelques larmes, et redescend. Là elle somnole.
Et quand je mange, elle mange ce que j’avale. Et quand je dors, elle m’aspire des cauchemars. Elle fête mes insomnies, m’inspire des gourmandises (elle dit que manger la soulagera). Et je mange, j’avale, je me gave. Elle festoie.
Mais son appétit ne finit pas.
C’est un parasite.
Elle mourra avec moi.
Elle ne me quittera pas.
C’est un feu ardent que mes poumons aèrent. Ce feu grandit quand je vie. Il me dit : « Es-tu seulement digne de cette tâche ? Ne te prends-tu pas pour ce que tu n’es pas ? N’écris plus, n’écris pas. Tout est d’avance perdu, si c’est avec toi. » Je l’écoute. J’arrête... J’attends. J’attends un quelconque secours.
J’hyperventile, et le feu crépite de plus belle : « Et tu ne fais pas ce que tu dois faire. Et ça te déçoit. N’attends plus rien, abandonne tout. Ou rappelle-toi que tu attends toujours, lâche et faible. »
Je pleure, et s’assèche mon intérieur. Le nid prend feu, l’incendie brûle et chante au cœur : « Bon à rien ! Vide ! Vaurien ! Tu ne vis de rien, tu ne vaux rien. »
Mon cœur est cendres, l’incendie est passé.
Apathique, je ne fais plus rien.
Un jour l’envie grandie, je veux enfin.
Je respire à nouveau.
J’ai un peu faim.
Je tourne le dos au Styx,
Je veux tout entreprendre.
Mais la peur est phénix.
Elle renaît de ses cendres.
[Août]
Elle est si bien.
Elle se sent si bien en vacances.
Elle ne veut pas de la rentrée.
« Le futur ne peut-il pas attendre ? »
Elle ne veut pas retravailler.
« Mon futur ne peut-il pas attendre ? »
Elle nie la gestation des jours.
Elle nie les maux de ventres.
Elle maudit tous les jours.
Mais, au final, elle rentre.
Elle visualise bien :
L’exaltation des rencontres,
Les premières semaines d’adaptation,
Puis le stress qui monte,
Elle ploiera sous la tension.
Elle n’est pas pessimiste,
Elle observe juste les années précédentes,
Elle observe l’augmentation de la cadence,
Le niveau - toujours plus haut - de ses attentes.
Elle travaillait pendant des heures.
Elle pensait et ressasait.
Elle pleure.
[Septembre]
Rentrée scolaire,
Le fourmillement des élèves
Me terrifie.
Rentrée scolaire,
Des milliers de mains sur les livres,
Le savoir chante.
Rentrée scolaire,
Reviennent me hanter
Les spectres du passé.
Rentrée scolaire,
La musique des stylos
Le savoir change.
Rentrée scolaire,
L’espoir du changement
Est enivrant.
Rentrée scolaire,
L’exaltation dans l’air
M’asphyxie.
Rentrée scolaire,
Des sourires, des baisers
Sur les bouches.
Rentrée scolaire,
Leurs voix ont polluées
La musique.
Rentrée scolaire,
Ce ballet des bouffons
J'y joue.
Rentrée scolaire
Dans le bus j’étouffe
Et je meurs.
Rentrée scolaire
Mes affaires s’éparpillent
Je pleure.
Rentrée scolaire,
Le changement est lent,
J’ai peur.
Rentrée scolaire,
Fais-je les mêmes erreurs ?
« Toujours au mieux »
Rentrée scolaire,
Mon corps est l’esclave
De fantômes.
Rentrée scolaire,
Cette cacophonie de toutes parts
M’accable.
[Septembre]
Je m’ennuie.
Je ne veux pas faire.
Je veux dormir.
Mourir.
Mourir momentanément.
Dormir.
Je n’aime pas. Je sens une bouche tirée vers le bas. La gravité m’arrache ce que je n’ai pas :
un sourire.
Mourir.
Dormir.
Veiller. et Rêver.
Je rêve.
Le malaise ferme mes paupières. Je veux les ouvrir ! Je suis aveugle.
Ils bougent, paniquent, s’agitent.
Mouvements rapides.
Je rêve.
Je vois des silhouettes blanches sur un fond de chair.
Je rêve.
Les ombres sont inversées en ce monde sans lumière.
Je rêve.
De la peau caresse la mienne,
Une étincelle se pose sur mes yeux.
Des mains enserrent mon cou,
Je suis ravagée par le feu.
Et l’on m’agrippe de toute part.
On déchiquette mon présent.
Les fantômes d’antan
Se rient de mon cauchemar.
Impossible d’ouvrir les yeux,
Les larmes coulent à l’intérieur.
Et l’on me dit adieux.
Et c’est déjà mon heure.
